En 2003, à l'occasion de la parution des derniers volumes
des Œuvres complètes de Boris Vian, une soirée
"festive" et amicale a été organisée
par Ursula VIAN-KÜBLER, Monsieur d'Déé et Nicole
BERTOLT, cité VéRON.
Nous reprenons le discours que fit Ursula VIAN-KÜBLER et y joignons
la présentation des 15 tomes.
Nous pensons tout particulièrement à Claude RAMEIL,
qui nous a quittés le 31 juillet dernier.
Le 4 Octobre 2006
Je suis contente. Et je partage l'émotion de la Direction des
éditions FAYARD et de tous ceux qui participèrent
à la parution des quinze volumes des œuvres complètes de
Boris VIAN. Le travail soutenu par toute l'équipe pendant
six années et plus pour certains, a permis la parution de ce
que l'on peut considérer aujourd'hui comme étant le
"Grand Opéra de Boris VIAN".
Le travail accompli, je remercie du fond du cœur ceux par qui le fabuleux
événement a pu avoir lieu. Aujourd'hui, ce "Grand
Opéra" existe et trône en bonne place aux
côtés des œuvres d'auteurs qui sont la richesse de notre
patrimoine littéraire.
L'idée des œuvres complètes est née
dès la fin des années 60. Elles devaient se nommer "Les
Œuvres Totales", préfacées par MAC ORLAN
et éditées par Jacques LECAT. Parallèlement,
des travaux sur l'œuvre de Boris VIAN ont été entrepris
par l'éminent et regretté Noël ARNAUD. L'enthousiasme
et les recherches de ce grand ami firent connaître au public
de nombreux inédits. Noël ARNAUD disparut malicieusement
un premier avril de l'an 2003.
Du temps de Boris, quelques titres avaient paru chez des éditeurs
littéraires et chez des éditeurs musicaux, qu'il faut
saluer pour leur témérité prémonitoire.
Les éditeurs d'HALLUIN, du vivant de Boris VIAN, et
LOSFELD après sa mort virent que Boris avait du talent
et que Vernon SULLIVAN était bien plus qu'un auteur
à scandale.
Après la disparition tragique de Boris, le travail de Noël
ARNAUD et le discernement et la perspicacité de Jean-Jacques
PAUVERT ont permis le grand saut dans l'histoire de l'œuvre de
Boris et ont favorisé son envolée depuis les années
68. Pourtant à l'époque, on me disait: "Ursula,
ne te fais pas d'illusions, les écrits de VIAN ne seront qu'un
feu de paille!" Jean-Jacques PAUVERT,
le pyromane, mit le feu aux poudres et provoqua l'explosion.
Le collège de 'Pataphysique souffla sur le feu et apporta
sa pierre "philo-pataphysique" à l'édifice
qui naissait des flammes.
Grâce aux chercheurs passionnés qui se multiplièrent
et grâce au soutien sans faille de mes plus proches collaborateurs
qui se donnèrent sans faiblir à mes côtés,
l'œuvre a conquis l'audience publique qui l'attendait.
L'intérêt grandissant du public nécessita la création
en 1963 des "Amis de Boris VIAN" dont
la présidence fut assurée par Claude LÉON, un
grand ami "ingénio-jazzman" de Boris.
Les membres d'honneur aux noms prestigieux et à la grande amitié
me furent d'un grand secours moral pour poursuivre jusqu'à
la création de la FONDACTION BORIS VIAN en 1981, dont
les buts et la structure donnèrent une plus grande efficacité
à la diffusion de l'œuvre et qui profitèrent plus tard
aux Œuvres complètes.
Puis Christian BOURGOIS prend avec passion le relais de Jean-Jacques
PAUVERT. Il risque la réédition de "J'irai
cracher sur vos tombes" encore interdit à l'époque
et met, avec les éditions 10/18, Boris VIAN entre toutes
les mains.
La finesse de discernement de Jacques CANETTI met les chansons
de Boris sur les lèvres des plus grands interprètes.
Puis, les éditions FAYARD vinrent, avec leur grande
machinerie, leurs cadres supérieurs, leurs techniciens spécialisés.
Elles érigèrent le grand édifice dont nous ôtons
le voile aujourd'hui.
Les Œuvres
complètes rassemblent et présentent l'œuvre de Boris
VIAN. Elles ne s'étendent pas sur la vie de l'auteur, bien
que l'on puisse la suivre en filigrane à travers les présentations
de textes. N'ayant pas pour rôle de doubler les multiples thèses
et travaux effectués de par le monde, les œuvres complètes
de Boris VIAN se sont attachées à montrer que
l'œuvre de Boris VIAN est et sera toujours bien vivante.
Je dois saluer
et remercier les précurseurs, François CARADEC,
chez HORAY, David NOAKES, premier thésiste, venu
d'Amérique, les regrettés Jacques BENS et
Henri Blavier, Alain COSTES, Lucien MALSON, Henri
BAUDIN, Michel FAURE, Luc ETIENNE, Anne Clancier
et déjà Claude RAMEIL, Georges UNGLIK
et Guy LAFORET.
Gilbert
PESTUREAU, universitaire français à Chicago, déjà
auteur d'ouvrages sur Boris VIAN. Il prit les choses en main
avec mon accord et nous avons constitué l'équipe. Pour
sa part, il fit des romans de VIAN son pain quotidien. Il disparut
hélas trop tôt pour voir l'œuvre accomplie.
Marc LAPPRAND,
universitaire à Victoria, au Canada, déjà au
sein de l'équipe par ses travaux vianesques, prit la relève
de Gilbert pour assurer, à son tour, la lourde tâche
de la direction littéraire qu'il augmenta de la charge du cinéma,
des comédies musicales et des spectacles en plus des nouvelles
et chroniques.
Claude
RAMEIL, un ami de la première heure, discret, l'il malicieux
et d'une exquise gentillesse, travailleur acharné -le meilleur
spécialiste aussi de Raymond QUENEAU-, se plongea jusqu'au
cou, sans jamais s'enliser, dans le jazz que Boris aimait tant.
Georges
UNGLIK, jeune homme sage d'une passion patiente et plein d'humour.
Il vint un jour à la FONDACTION BORIS VIAN et prit sur
ses épaules l'historique, le classement et les recherches concernant
toutes les chansons de VIAN, avec une précision monacale.
Guy LAFORET,
en poste pédagogique au Caire depuis de longues années,
mit un point d'honneur à revoir pour les circonstances ses
travaux sur"Le Traité de civisme".
Son regard limpide et toujours souriant a fait revivre un des projets
qui tenait tant au cœur de Boris.
Quant au
jeune François ROULMANN, fringant bibliophile, collectionneur
précoce et libraire averti, il mit toute la fougue de sa jeunesse
à débroussailler la bibliographie de Boris VIAN,
ce qui ne fut pas une mince affaire et qui ne fut pas pour effrayer
son éternelle bonne humeur.
Puis arrivèrent,
fort à propos, trois jeunes et jolies étudiantes faisant
travaux universitaires sur le théâtre de Boris VIAN:
Julie CAÏN, Christelle GONZALO et Barbara MALINA.
Julie est
restée plusieurs mois à la FONDACTION BORIS VIAN
à faire des recherches, ce qui lui permit aussi de présenter
un mémoire salué par ses professeurs.
Barbara est
de Cologne en Allemagne et travaille brillamment à une thèse
sur le théâtre de Boris VIAN.
Christelle
a elle aussi défriché les écrits théâtraux
et beaucoup plus puisqu'elle a soutenu en histoire culturelle un mémoire
particulièrement riche qui obtint, pour son approche et sa
recherche, les félicitations de tout l'aréopage professoral
dont Pascal ORY. Les travaux intelligents de ces trois jeunes filles
nous ont été du pain béni.
Et puis voici
Nicole BERTOLT, personne de l'ombre dit-elle, et pourtant la
plus solaire. Elle s'est remise en tête tous les airs des chansons
de Boris VIAN pour reprendre, après Georges UNGLIK,
le volume "Chansons"; elle est intervenue
également sur le "Manuel de Saint-Germain-des-Prés"
et le "Théâtre". Depuis 23 ans,
avec passion, elle soutient, organise, rédige, reçoit,
recherche, console, se déplace. Personne inspirée, elle
est notre bras droit et notre bras gauche. N'a jamais failli à
sa fonction de Directrice générale pour la Cohérie
Boris VIAN et Directrice du Patrimoine pour la Fondaction.
C'est la meilleure mission que nous pouvions lui confier.
Pour terminer,
j'en viens à d'DEE, qu'il est convenu d'appeler Monsieur
d'DEE, parce que son nom est trop court. Complice de la première
heure, infatigable artisan de la défense de l'esprit de Boris
VIAN. Avec sa complicité, j'ai créé la FONDACTION
BORIS VIAN en 1981, dont nous sommes tous les deux les Présidents.
Artiste protéiforme, il s'intéresse à plein de
choses et sait en faire un grand nombre avec un certain éclectisme.
Par deux fois, Boris a salué ses talents en lui consacrant
quelques lignes élogieuses qui furent éditées
en leur temps. Ses présentations des dix pièces théâtrales
du tome 9 et du "Manuel de Saint-Germain-des-Prés"
dans le tome 14 des œuvres complètes valent le détour.
Grâce à son courage et sa tenacité, nous avons
fait beaucoup ensemble et nous continuerons dans cette voie-là.
Encore merci
à tous et merci au public dont le nombre croissant exprime
la force vive de l'œuvre de Boris VIAN.
Ursula VIAN KÜBLER
Les 15 tomes et leurs collaborateurs
Voici parachevée l'édition complète de Vian : avec elle commence pour son œuvre
la vie éternelle. Claude DURAND
TOME 1
Conte de fées l'usage des moyennes personnes (Marc Lapprand) Troubles
dans les Andains (M. Lapprand) Vercoquin et le Plancton (M. Lapprand)
J'irai cracher sur vos tombes (Gilbert Pestureau)
TOME 2
L'écume des Jours (G. Pestureau) Les Fourmis (G. Pestureau) Les Morts
ont tous la mme peau (M. Lapprand) Les Chiens, le désir et la mort (M.
Lapprand)
TOME 3
L'Automne Pékin (G. Pestureau) Et on tuera tous les affreux (G. Pestureau)
Les Casseurs de Colombes (fragments inédits)
TOME 4
L'Herbe rouge (G. Pestureau) Elles se rendent pas compte (M. Lapprand)
L'Arrache-cœur (G. Pestureau) Chronique de Pierremort ( inédit - inachevé
- G. Pestureau)
TOME 5
Cent
sonnets (M. Lapprand) Barnum's digest (G. Pestureau) Cantilnes en gelée
(G. Pestureau) Pomes divers (G. Pestureau) Dernier recueil (G. Pestureau)
Nouvelles inédites ou publiées en revues (G. Pestureau/M. Lapprand) Chroniques
romancées (M. Lapprand)
TOME 6
Chroniques de Jazz Hot (Claude Rameil)
TOME 7
Chroniques
de jazz dans Combat (C. Rameil) Chroniques de Jazz Hot (C. Rameil) Jazz
in Paris (G. Pestureau)
TOME 8
Jazz
News (C. Rameil) Spectacles jazz (C. Rameil) Radio 49 (C. Rameil) Radio
50 (C. Rameil) La gazette du jazz (C.Rameil) Arts (Claude Rameil) Les
cahiers du disque (C. Rameil)
TOME 9
Thétre
(d'Déé et Christelle Gonzalo, Julie Can et Barbara Malina)
En
avant la zizique (G. Pestureau/C. Rameil) Variétés (C. Rameil) Derrire
la zizique (G. Unglik/C. Rameil)
TOME 13
Scénarios (M. Lapprand)
TOME 14
Manuel
de Saint-Germain-de-Prés (d'Déé - N. Bertolt/C. Gonzalo/J. Can) Chroniques
du menteur (C. Rameil) Conférences (C. Rameil) 'Pataphysique (C. Rameil)
Critique (M. Lapprand) Science-fiction (M. Lapprand) Traité de Civisme
(G. Lafort)
TOME 15
Radio
(C. Rameil) Dictionnaire des personnages de Boris Vian (G.Pestureau/M.
Lapprand)
Boris VIAN en 15 volumes
Les Œuvres complètes de Boris VIAN, on
en parlait concrètement depuis 1968, mémorable millésime.
Mais ce n'est que trente ans plus tard que le projet prenait forme sous
les impulsions combinées d'Ursula VIAN KÜBLER, de Gilbert
PESTUREAU, de Christian BOURGOIS et de Claude DURAND
des éditions FAYARD.
L'équipe
constituée de Gilbert PESTUREAU, Claude RAMEIL, Georges
UNGLIK, François ROULMANN, Nicole BERTOLT, Mr
d'DEE, Guy LAFORET et moi-même, se mit au travail. Au
départ, il était question de 14 volumes.
Dernier-né
de la série, le tome quinze qui réunit les textes radiophoniques
de Boris VIAN et le " Dictionnaire des personnages "
par Gilbert PESTUREAU remis à jour par mes soins.
Les quinze
tomes de cette œuvre dont on ignorait parfois l'étendue en
représentent la première édition complète,
préfacée et annotée. En outre, les textes ont été
repris un à un et établis selon les manuscrits originaux
et les corrections éventuelles de l'auteur. Enfin, presque chaque
tome contient soit des inédits, soit des textes devenus introuvables.
La présentation
impeccable et extrêmement fiable de cette édition en sera
nul doute un instrument de référence obligée.
La consécration
pour les Œuvres complètes marque un tournant dans la vie posthume
de l'écrivain. Devenu classique malgré lui. Boris VIAN
nous accompagne de sa figure titulaire et, au seuil de ce nouveau siècle,
nous inspire de sa profonde soif de connaissance et de son inaltérable
joie de vivre.
Marc LAPPRAND
Sans Titre
Pour les volumes dont l'édition m'a été confiée, je me suis efforcé de ne pas
respecter un des principes de la 'Pataphysique : " ne pas tre exhaustif
". C'est ainsi que depuis la premire édition des écrits de jazz (voil
vingt ans !), nous pensons maintenant en avoir réuni la totalité. Nous
avons toutefois écarté des textes que nous supposons tre de la plume
de Boris VIAN sans pouvoir en acquérir la certitude. Cette somme montre
bien qu'il ouvre la voie une nouvelle critique de jazz. La critique
littéraire du tome 14 se trouve augmentée de textes retrouvés qui étaient
dispersés ici et l : des précisions sont apportées sur l'origine d'autres
écrits. Mais c'est dans la partie du tome 15 consacrée aux rapport de
Boris VIAN avec l'art radiophonique que nous apportons le plus d'éléments
nouveaux. La transcription de ses interventions la radio conservées
l'I.N.A. permet de constater qu'il se livrait plus librement que par
écrit sur son œuvre dramatique, littéraire et musicale. Nous pouvons nous
faire une idée précise de la faon qu'il avait d'aborder certains domaines.
Nous donnons lire quelques textes manuscrits destinés la radio et
restés inédits jusqu'alors. Il est inutile de dire tout le plaisir d'avoir
contribué, pour une part, la connaissance de l'œuvre de Boris VIAN.
Claude RAMEIL
Quand j'étais petit
Quand j'étais petit, en dansant à Saint-Germain-des-Prés,
j'ai eu la chance inouïe de connaître Boris VIAN.
Quand
je suis devenu grand, hors les Prés à Germain, j'ai eu le
rare privilège de créer avec l' "Oncle Ursule",
la FONDACTION BORIS VIAN.
Et
voici que maintenant, au pied de la butte Montmartre, alors que j'ai cessé
de grandir, j'ai l'insigne honneur de pouvoir noircir quelques courtes
pages de mon cru pour les œuvres complètes de VIAN.
Quel
fabuleux destin, aurait dit ma tante Amélie, rue Lepic.
Que
grâce soit rendue à Saint Boris des Prés de la Butte
et que le nom de VIAN soit loué et remercié dans les chaumières
de France et de Navarre, ainsi que dans le reste du monde qui en a bien
besoin.
D.
Président
Les
buts de la FONDACTION BORIS VIAN:
"Promouvoir
et divulguer l'œuvre et la pensée de Boris Vian,
favoriser
le développement des sciences et des arts contemporains,
de
la culture et de la recherche artistique, dans toutes leurs expressions
présentes et à venir,
selon
la pensée universelle qui animait Boris VIAN."
Membres
d'Honneur des " AMIS DE BORIS VIAN":
Maurice
BEJART, Georges BRASSENS, René CLAIR, Aimé
CESAIRE, Jean COCTEAU,
Henri
DUTILLEUX, Georges DELERUE, Max ERNST, Jean GENET,
Maître IZARD, Arnold KÜBLER, Pierre KAST,
François LE LIONNAIS, Michel LEIRIS, LATIS,
Félix LABISSE, Jean MARAIS, Darius MILHAUD,
Baron MOLLET, Pierre MAC ORLAN, Jean-Jacques PAUVERT,
Jacques PREVERT, Pierre PREVERT, Raymond QUENEAU,
Henri SALVADOR, Jean-Paul SARTRE, Madame Richard WRIGHT.
De Boris...
La
diversité, l'adversité, la poésie, la raillerie,
la
curiosité et la musique des sens illustrent ces extraits
de
textes de Boris VIAN que j'ai choisis.
Nicole
BERTOLT
"Le premier chapitre n'est
pas de moi."
Conte de fées à l'usage des moyennes personnes
(Tome 1)
"Ceux du village le pendirent
tout de même parce que c'était un nègre. Sous son
pantalon, son bas-ventre faisait encore une bosse dérisoire."
J'irai cracher
sur vos tombes (Tome 1)" Colin interpellait la souris
grise à moustaches noires qui certainement n'était pas à
sa place dans le verre à dents,
même accoudée au bord dudit verre, et prenant un air détaché Les frères Desmarais s'habillaient
pour la noce. Ils étaient très souvent invités comme
pédérastes d'honneur, car ils présentaient bienJean-Sol Partre approchait. Des
sons de trompe d'éléphant se firent entendre et Chick se
pencha à la fenêtreChloé sentait une force
opaque dans son corps, une présence opposée, elle ne savait
comment lutterColin s'était assis par
terre pour écouter, adossé au pianocktail, et il pleurait
de grosses larmes elliptiques et souples qui roulaient sur ses vêtements
et filaient dans la poussière. La musique passait à travers
lui et ressortait filtrée, et l'air qui ressortait ressemblait
à Chloé
Vous pratiquez douze petits trous
dans la terre, dit l'homme, répartis au niveau du cœur et du foie
et vous vous étendrez par terre après vous êtes déshabillé." Colin interpellait la souris
grise à moustaches noires qui certainement n'était pas à
sa place dans leverre à dents,
même accoudée au bord dudit verre, et prenant un air détaché
Les frères Desmarais s'habillaient
pour la noce. Ils étaient très souvent invités comme
pédérastes d'honneur, car ils présentaient bienJean-Sol Partre approchait. Des
sons de trompe d'éléphant se firent entendre et Chick se
pencha à la fenêtre
Vous vous recouvrirez avec l'étoffe de laine stérile et
vous vous arrangerez pour dégager une chaleur parfaitement régulière
Alors vous restez comme ça vingt-quatre heures et les canons de
fusil ont poussé, on vient les retirer, on arrose d'huile et on
recommenceIl chercha sur la liste le nom
suivant, et vit que c'était le sien son cœur se fit de plomb,
car le lendemain, Chloé serait mortePourquoi l'avez-vous fait mourir ?
demanda Colin
Ca n'a aucun rapport avec la religion,
marmonna Jésus en baillantLa souris ferma ses petits yeux
noirs Le chat laissa reposer avec précaution ses canines acérées
sur le cou mince, doux et gris Il déroula sa queue touffue et
la laissa traîner sur le trottoir "L'écume
des jours (tome 2)" Je suis toujours debout
sur la mine. Nous étions partis ce matin en patrouille Elles n'éclatent
que quand on retire son pied Je suis tout seul Je n'ai gardé
que mon cahier et le crayon. Je vais les lancer avant de changer de jambe
parce que j'en ai assez de la guerre et parce qu'il me vient des fourmis. "Les Fourmis (tome 2)" Amadis Dudu suivait sans conviction la ruelle
étroite qui constituait le plus long raccourci permettant d'atteindre
l'arrêt de l'autobus 975. Tous les jours, il devait donner trois
tickets et demi, car il descendait en marche avant sa station "L'Automne à Pékin
(tome 3)" La ville s'approchait d'eux.
Les petites maisons en bouton, les demi-maisons presque grandes avec une
fenêtre encore enterrée à moitié et les toutes
poussées de diverses couleurs et odeurs. Wolf et Lazuli tournèrent
vers le quartier des amoureux "L'Herbe
rouge (tome 4)" Les trois salopiots galopaient
à quatre pattes dans la salle où on les enfermait avant
leur tétée de troizocloqueJe ne sais pas où sont Noël,
Joël et Citroën. En ce moment ils peuvent être tombés
dans le puits, avoir mangé des fruits empoisonnés, avoir
reçu une flèche dans l'œil, attraper la turberculose, se
faire piquer par un scorpionLa Gloïre est mort hier, et
je vais prendre sa place La honte, c'est tout de même ce qu'il
y a de plus répanduSe retournant, il aperçut
trois cages Dans chacune d'elles il y avait un petit lit douillet, un
fauteuil et une table basse il sut qu'il y avait d'autres petits garçons
dans les cages "L'Arrache-cœur
(tome 4)Le seuil de l'immortalitéEst assez haut, en pierre, avec des plantesOn ne s'apercevait pas du tout qu'on le passaitMais de l'autre côtéDes tripotéesD'oiseaux sans ailes ni sans eauPoussaient des cris d'échiranOursi Ourson OurzoulaJe voudrais que tu sois làQue tu frappes à la porteEt tu me dirais c'est moiDevine ce que j'apporteEt tu m'apporterais toi Les enfants de maintenantQuand ils ont entre cainze à vaingt ansIls sont tristes et silencieuxIls ont peur des ces vieux vicieux
a de plus répanduSe retournant, il aperçut
trois cages Dans chacune d'elles il y avait un petit lit douillet, un
fauteuil et une table basse il sut qu'il y avait d'autres petits garçons
dans les cages "L'Arrache-cœur
(tome 4)Le seuil de l'immortalitéEst assez haut, en pierre, avec des plantesOn ne s'apercevait pas du tout qu'on le passaitMais de l'autre côtéDes tripotéesIls s'ennuient dans les cafésEt rien ne leur fait d'effetUn jour Il y aura autre chose que le jourUn chose, plus franche, que l'on
appelera le JodelUne encore, translucide comme l'arcansonQue l'on s'enchâssera dans
l'œil avec éléganceIl y aura l'auraille, plus cruelLe volutin, plus dégagéQuels sont les Quons qu'ont complètement
casséA sa vue, le chenapan Pan pantèle tel Tell
devant la pomme J'ai vendu ma DKV, décavé, dès
qu'avec le Baron Poésie (tome 5)La presse française non spécialisée
a consacré un certain nombre d'articles aux concerts Ellington.
Je n'ai pas l'intention de relever ici tout ce qu'on a pu écrire
sur Duke. Il y a quand même quelques perles Dans Libération :
mais pourquoi l'adjonction d'un second drummer ? Cela enlève
de la Cohésion à la section rythmique, déjà
affaiblie par la tendance trop harmonique Je voudrais savoir ce que
peut être une tendance trop harmoniqueJazz Hot (tome 6)" Dizzie Gillespie et son
orchestre ont joué hier soir à Pleyel devant une salle comble,
dans une extraordinaire atmosphère d'enthousiasme et de fièvre.
Arrivés à 20h35 à la gare du Nord, les chicaneries
de la douane les retinrent jusqu'à 21h30 "Combat
(tome 7)" Faut-il zigouiller les Blancs ?
Le problème est le suivant : la musique noire est, de plus
en plus, encombrée par des éléments blancs souvent
sympathiques mais toujours superflus ou remplaçables du moins avec
avantage avec des éléments noirs "Combat
(tome 7)" Ce qui frappe avant tout
chez Miles Davis, c'est qu'il est très joli garçon D'abord
une relaxation absolument parfaite un phrasé ahurissant une
sonorité curieuse, assez nue, dépouillée un sens
de la structure rythmique plutôt sensationnel "Jazz
News (tome 8)" Et puis scientifiquement,
puis-je faire très humblement observer qu'au fond réparer
un soldat sur le champ de bataille, ça fait un mutilé, que
l'on doit pensionner, qui revient cher, et qui est désagréable
à voir, donc qui constitue une mauvaise propagande "Le Goûter des généraux
(tome 9)" J'aurais pu émettre
mes opinions sur d'autres grands problèmes de l'homme mais n'est-ce
pas un leurre ? et les grands problèmes de l'homme ne se posent-ils
pas uniquement lorsqu'il vit en société. Or, je suis seul.
J'ai toujours eu l'impression d'être seul. "Les Bâtisseurs d'Empire
(tome 9)" Guenièvre :
Il est si fort que j'en ai de la crainte, car il me fait oublier le monde
et tout ce qui n'est pas de lui. Je ne sais d'où vous venez, les
dangers que vous avez courus. Cent chevaliers sont allés à
votre recherche je ne pense plus à l'arrachure de votre robe,
je ne me soucie pas de vos mains abîmées que pour les prendre
dans les miennes, et je ne vois en votre fatigue
que le reflet de celle que j'ai de vous avoir si longtemps espéré
en vain. "Le
Chevalier de Neige (tome 10)"Le Rédacteur en chef :
Assez ! Est-ce que vous croyez que le Saturnien
Libéré vous paie pour empoisonner les gens avec vos découvertes
à la noix ? On pourra aller de Paris à Marsopolis
en six heures par le super Comet. Je m'en fous, Durand ! Mais la
fille de Martine Borgia, Caroline Carol tente de se suicider en se trempant
les pieds dans une cuvette de bracamort vénusien. Ah ! la
bonne heure "Ca
vient, ça vient (tome 10)A tous les enfantsQui sont partis le sac au dosPar un brumeux matin d'avrilJe voudrais faire un monumentA tous les enfants qui ont pleuré le sac
à dosLes yeux baissés sur leur chagrinJe voudrais faire un monumentViens m'embrasserEt je te donneraiUn frigidai-reuUn joli scoutai-reuUn atomixai-reuEt du DunlopilloUne cuisiniè-reuChansons (tome 11)" Les gens méprisables,
en conclusion, sont ceux qui justifient leur médiocrité
en affectant de mépriser le publicPataphysiquement parlant, il nous
a toujours semblé étrange que l'on trouve mauvais d'être
engueulé par certaines personnes et bon d'être félicité,
une autre fois, par les mêmes. A-t-on changé ? Si oui :
bon ; mais eux ont peut-être changé aussi Le Rock and Roll est une
spécialité qui fait fureur en Amérique ces derniers
temps. Le goût en est un peu brutal, mais il a l'avantage d'être
un plat amaigrissant, vu la vigueur avec laquelle il vous fait réagir. "En avant la zizique (tome 12)Serge GainsbourgIl écrit et chante des chansons
pour rire noir.Il aime le chachlik, Edgar Poe et
la vitesse.
Il a besoin de trente ans de vieIl met des coups de poings au bout
de ses vers.Il évolue dans un univers
étrange et irréel.Qui est-il ? D'ou vient-il
Ces questions-là, tout le monde se les pose.Opus 109 - Théâtre des
trois Baudets (tome 12)" Zizi Jeanmaire a des jambes
plus longues que son corps : elle a des dents qui lui font trois
fois le tour de la bouche ; elle a des yeux à vider un couvent
de trappistes en cinq minutes et elle a une voix comme on n'en fait qu'à
Paris. Cette sirène canaille est aussi une danseuse divine " Derrière la zizique (tome 12)" Sans aucun doute, Fredo
Minablo et sa pizza musicale peut être considéré comme
un concurrent dangereux pour Ramino Ramini, remoto Carabossone et tous
les maîtres italiens du genre. Ecoutez Alfredo et suicidez-vous
sans regrets ! Signé : Lydio Sincrazzi (Adapté
par Boriso Viana) "Derrière la zizique (tome 12)" A les entendre (les journalistes),
le Festival (de Cannes) les assomme positivement. C'est une corvée,
il y a quatre-vingts degrés à l'ombre, on ne peut pas rater
quinze cocktails sans remords et il faut au moins assister à ceux
de Louis Louis Patenôtre, de Jacqueline Dreyfus ou du patron du
petit bateau gris qui est en rade en présentation des Picassiettes
en Vaïence de Fallauris, au défilé d'hippocampes verts
apprivoisés sur la Croisette entre quatre et zinc "Cinémonde-Le
Film français (tome 13)" Qu'est-ce qui ne va pas dans le cinéma ? Deux choses. Les films et les salles. Vous
me direz que ça fait beaucoup. Je vous répondrai que c'est
bien pour ça que ça ne va pas "La vérité sur le cinéma
- inédit (tome 13)" Saint-Germain-des-Prés
est une île ; à cette nature insulaire, elle doit l'humidité
de son climat, l'abondance de ses débits de boisson et le développement
de ses rivages qui, s'ils ont parfois reçu des noms sans rapport
évident avec leur configuration, permettent néanmoins aux
habitués de s'y reconnaître.Les autochtones, qui ne sont pas
d'accord avec l'administration, limitent généralement son
aire de contour suivant, que l'on peut circonscrire en traçant,
sur un plan ordinaire de Paris, les répaires ainsi définis :
au nord -quais Malaquais et de Conti ; au sud - rue du Vieux-Colombier
et Saint-Sulpice ; à l'est : rue des Saints-Pères ;
à l'ouest : rues Dauphine et de l'Ancienne-Comédie "Manuel de Saint-Germain-des-Prés (tome 14)Pour une rénovation des
Temps Modernes : " La critique, art aisé, se doit d'être
constructive ; aussi nous ne nous bornerons pas à ces considérations,
désobligeantes pour le gérant (entre autres) et pour le
directeur. D'ailleurs, ce dernier s'en contrefout, car il est en train
de passer des examens pour entrer au couvent des Ursulines de Florence,
en qualité de chantre à trois ficelles " Chronique du Menteur (tome
14)" le Père Vere était
dans l'erreur en prêtant à la sphère la qualité
de perfection. La sphère n'est pas plus parfaite que n'importe
quel autre objet. J'irai jusqu'à dire que tout objet est obligatoirement
parfait, du moment qu'il ne parle pas "Conférence
- Approche discrète de l'objet (tome 14)" L'on s'en doutait parfois,
comme je ne saurais l'apprendre à Votre magnificence, mais le doute
n'est plus possible ; le moment est venu de le dire au grand jour :
la guerre est truquée "Les truqueurs de la guerre (tome 14)" Messieurs dames, voici
la liberté américaine selon Dulles. Bouche en cul de poule
et bénitier, et puis, faites ce que vous voulez mais si vous êtes
nègre, fauché ou libre penseur, vous pouvez toujours cirer
les godasses de ces messieurs de la calotte et du chapeau plat "Billet de confession - Inédit
(tome 14)" Mais d'où vient
cette impression particulière née de la lecture des S.F. ?
D'où vient qu'ils fascinent à la fois la section la plus
intelligente du public populaire et la portion la plus intellectuelle
du public cultivé (comme Queneau et Audiberti) " Science-fiction (tome 14)" En l'an 2000 j'aurai quatre-vingts
ans juste. Je serai bien vieux.
En général, je travaille le dimanche. J'espère que
je ne travaillerai plus ! "Le dimanche en l'an 2000
(tome 14)" L'histoire, qui n'est
pas cette collection stupide de faits militaires masquant depuis des siècles
la signification réelle de l'évolution de l'intelligence,
est là pour le dire ; l'histoire qui évolue dans le
sens de la vie, tandis que le militaire n'est qu'une des formes de la
mort, forme pathologique dont on se débarrassera moins facilement
que du cancer mais dont on peut se débarrasser.. "Traité
de civisme (tome 14)Et toute la " Radio " à découvrir
dans le tome 15
VIAN .
En guise de Khonclusion
Au terme de ces 15 volumes, il faut quand même prendre
conscience que 9.662 pages des écrits de notre auteur sont
maintenant disponibles en librairie avec leurs 1.524 notes de bas
de pages, 608 fiches bibliographiques, 35 préfaces
et introductions sans compter les emmerdements. Il y a en effet beaucoup
de mérite à épouser une telle cause en évitant
les 72 fonds de tiroir et les 2.786 bouts de papier à peine froissés
par l'écrivain.
Mais
si le bibliographe se fait quelque peu numérographe, c'est surtout
pour introduire auprès du "patient" vianophile la
table inédite des matières peu connues qui constitueront
le sommaire très attendu des 15 prochains volumes des Œuvres Totales
de Boris Vian:
Tomes
16 à 18: œuvres de collaboration avec entre autres "Panégyrique
de l'Image d'Epinal"
Tome
19: Comédies musicales avec "La Graine des races",
"Molle manie"
Tomes
20 à 24: œuvres homophoniques, pour ne citer que les
deux meilleures d'entre elles "L'Art H-Kor" (science-fiction)
et "L'Eclume des fours" (brevet d'invention).
Tomes
25 à 28: œuvres pré-oulipiennes (trop compliqué)
Tomes
29 et 30: Mémoires intimes "Diary rubbed up
the wrong way" (traductions de sentiments).
Que
vive donc l'univers en expansion, infinie en nos cœurs, des œuvres de
Boris Vian!
François
Roulmann
* Khon : instrument en usage au Laos.
Il figure un espce d'orgue ayant des tuyaux en bambou. On sait d'autre
part qu'en argot (ancien) un orgue est un homme, d'o " khon " : espce
d'homme (tome 12).
Extraits
*
Au
vu des thèses
et
des interprétations
qui
lui sont consacrées
de
par le monde
Vian,
c'est comme le Talmud
l'Evangile
et le Coran
il
y a autant de lectures
que
de fervents
et
Vian,
de rire
assis
sur
sa tombe.
*
évidemment,
à notre corps défendant, nous avons fait comme les autres,
en livrant aux lecteurs notre propre lecture, que nous avons voulu cependant
la plus ouverte possible.
Nous avons privilégié
une vue contemporaine de l'œuvre en mettant l'accent sur le pérennité
de la pensée de Boris VIAN en ce temps de crise du monde actuel.
L'œuvre littéraire
de Boris VIAN est d'une évidente richesse. Elle est et restera
dans le patrimoine de la littérature française et continuera
à susciter de nombreuses études de par le monde, aussi les
« Œuvres complètes » se limitent à en exposer
la genèse particulière à la lumière des découvertes
que nous avons pu faire.
Pour
susciter un regard innovant au lecteur, nous avons montré cette
autre évidence, la cruelle actualité de l'œuvre de VIAN
dans son expression liée au spectacle vivant de la chanson et du
théâtre.
Nous
avons montré dans le tome 9 (Théâtre) la tragique
actualité sous-tendue dans le théâtre de VIAN, en
guidant vers une lecture faisant apparaître tout ce que Boris VIAN
exprime vraiment entre des répliques d'apparence anodine ou d'un
ridicule réellement tragique.
Nous
avons fait redécouvrir dans le tome 11 (Chansons) l'esprit lucide
des quelque cinq cents chansons et poèmes mis en musique, dont
une bonne partie est toujours interprétée par les plus grands
noms.
Pour inviter le lecteur au
plaisir d'une relecture sous un éclairage autre, nous livrons ici
quelques extraits de ce que nous avons commis.
On doit considérer les quatre pièces les plus importantes
de Boris VIAN comme une quadrilogie théâtrale dont la chronologie
d'écriture et la particularité des sujets font apparaître
en quatre volets le développement cohérent d'une pensée
critique politique pertinente.
«L'équarrissage pour tous», première pièce
de Boris VIAN et première à caractère politico-social,
fut le prélude de la transposition au théâtre du regard
critique que Boris VIAN portait sur les lacunes de la société.
La pièce traite d'une période chaotique de tentatives de
réorganisation de la morale, des institutions, des alliances, après
la tourmente d'une guerre meurtrière.
«J'irai cracher sur vos tombes» dénonce une période
douloureuse et honteuse de la société raciste américaine
d'alors. C'est un violent réquisitoire.
«Le Goûter des Généraux» illustre une
période où la société s'est mise en place,
où la politique qui a trouvé ses alliés naturels
régente la vie des peuples. Compromis et compromissions fleurissent.
«Les Bâtisseurs d'empire» ont fait un grand saut dans la
préscience-fiction. C'est l'aboutissement de la dérive
létale d'une société mortifère. La société
court à sa ruine.
Si «J'irai cracher sur vos tombes» emploie le réalisme
politique, les trois autres pièces politiques emploient la satire
féroce et la fiction destructive.
La pensée politique critique de Boris VIAN, que l'on retrouve
à divers degrés dans son œuvre théâtrale,
échappe trop souvent aux analyses qui privilégient le comique
au premier degré des dialogues et le cocasse des situations.
Le théâtre de VIAN est une critique caustique de la société
par le biais de l'absurde et de la dérision.
............
Les professionnels du théâtre vivant savent plus que d'autres
déceler les intentions cachées de l'auteur. Ils possèdent
les clefs et savent faire jouer les ressorts de la dramaturgie en action.
Ils savent de quoi l'auteur parle et savent faire parler le texte.
Et c'est bien ainsi car le théâtre de Boris VIAN est écrit
pour être joué.
Annonce au public
Attention, toute ressemblance des personnages créés
par Vian avec des personnes connues ou à connaître est dépendante
de la volonté de l'auteur !
«
L'équarrissage pour tous »
C'est une famille de «dingues» dont le quotidien, déjà
assez peu ordinaire, bascule tout à coup dans la démence
la plus folle!.... C'est le débarquement! Quelque cinquante ans
après avoir été délivrés du joug colonial
anglais par les armées françaises conduites par le Marquis
de LAFAYETTE, les G.Is débarquent pour délivrer la France
de l'occupant nazi .............
Mais attention, rien n'est gratuit dans le texte. Derrière les
répliques percent une étonnante acuité de regard
sur la société d'alors, sur les rapports «flous»
des Français de l'époque avec les occupants, les résistants,
les libérateurs .............
Ce monde que décrit Boris VIAN, c'est Guignol qui joue avec la
gravité des événements. C'est un monde de marionnettes
caricaturales qui s'agitent sans cesse dans le «château»
chancelant de la vie ............
****
LE PERE : Tu es idiot, avec tes questions. Est?ce
que je sais, moi ? C'est comme ça, c'est comme ça. On ne
discute pas avec les enfants que le Bon Dieu vous a donnés.
…………
L'AMÉRICAIN : Oh! non, c'est très mauvais. Des tas
de conserves, du chocolat. Vraiment, il y en a tellement qu'on ne peut
plus avancer. On fait passer des tanks dessus, mais ça prend du
temps.
…………
PREMIER AMÉRICAIN : C'est évident, maintenant. Je me
rends compte aussi pourquoi on nous tirait dessus. Vous comprenez, les
opérations sont faites très discrètement.
DEUXIEME AMÉRICAIN : C'est ça, la démocratie.
LE PERE : Ca donne de bons résultats, la démocratie
?
PREMIER AMÉRICAIN :On peut pas savoir, c'est secret.
…………
CATHERINE: Des pasteurs, du coca-cola et des voitures... C'est toujours
à ça que ça revient, la démocratie occidentale.
Et c'est pour ça que ces imbéciles?là se font casser
la figure. Tu peux le laisser en pièces détachées,
ton pasteur, pour ce qu'il va servir!
…………
CATHERINE: C'est bien ça, la civilisation américaine.
De la propagande et toujours de la propagande. Ils ont des pasteurs, il
faut qu'ils leur collent des noms de vedettes de cinéma. Et vous
marchez tous...
…………
LA MERE : Qui va dire la bénédicité ? Ce n'est
pas que j'y tienne, mais ça vous fera sans doute plaisir.
« J'irai cracher
sur vos tombes »
............... Cependant, le quotidien d'une certaine société
yankee ségrégationniste est décrite avec justesse.
L'insouciance de la jeunesse des «fils à papa» est
empreinte du racisme ordinaire transmis par leurs parents. C'est un cancer
qui sera bien long à éradiquer ............
............... « J'irai cracher.... » n'en est pas moins
un violent réquisitoire qui dénonce ce qui fut la honte
de la société américaine. La critique déchaînée
occulta tout le contenu politique de la pièce pour attaquer par
le biais de la pièce, la pornographie de l'auteur du roman ...............
Dans l'excellent livre de Noël ARNAUD «Le dossier de l'affaire
J'irai cracher sur vos tombes» sous-titré «La connerie
est-elle française?», édité chez Christian
BOURGOIS (aujourd'hui épuisé), on peut se régaler
de trente-huit pages de critiques virulentes publiées à
propos de la pièce.
Les lire est une partie de franche rigolade. On se tient les côtes
devant autant de bêtises écrites par les «pisses copies»,
comme les nommait Boris VIAN. Parmi lesquels quelques grands noms de la
littérature française qui doivent bien les regretter aujourd'hui.
Il est vrai que la difficulté de la critique est de discerner le
jour même ce qui sera salué plus tard .................
****
JIM : Lee... Ton frère Danny était dans la prison et tout
allait bien, Lee... mais le vieux Moran s'est aperçu que sa fille
était enceinte... et il a fait une histoire terrible et il a ameuté
tous les autres... et il a dit que dix ans de prison, c'était pas
assez pour un Nègre qui a fait un enfant à une Blanche...
qu'il fallait le pendre. Alors, ils ont été à la
prison, Lee, et ils ont démoli la porte... ils ont pris Danny,
Lee, et ils l'ont enduit de goudron, et ils l'ont pendu... et ils ont
allumé, Lee, et tout le monde regardait...
…………
LEE : Et tout ça parce qu'on a la peau noire... mais oui,
mon vieux Jerry... Tu as la peau noire, figure-toi... tu savais pas, hein
? ... alors comme tu as la peau noire, tu peux bien crever, ou ramasser
les ordures de ces messieurs-dames... ou leur cirer leurs godasses...
mais pas laver leur linge, Jerry... pas le linge... ça c'est réservé
à ceux qui ont seulement la peau jaune... le jaune, tu comprends,
c'est plus près du blanc... et puis on ne sait pas trop avec quoi
c'est fabriqué, le jaune... avec quoi il a fallu mélanger
le blanc pour faire du jaune... et puis ils font un peu peur... c'est
des étrangers ! une nation... une vieille civilisation... des gens
raffinés, qui mangent des œufs pourris... mais justement, c'est
une preuve... c'est une invention, ça, qu'est-ce que tu veux...
les Blancs aussi, ils ont fait des inventions formidables, l'esclavage
par exemple... tu as entendu parler ? Oh, ça n'a pas d'importance,
de réduire les Noirs en esclavage... des types tout juste bons
à recevoir des coups de pied dans les fesses .... des sauvages
qui dansent tout nus dans la brousse en tapant sur des calebasses...
…………
JEAN : Vous devez trouver drôle que je sois venue chez vous...
que j'aie bu... que je sois restée... que vous m'ayez prise...
sans que je proteste... j'étais ivre, Lee... et je ne savais pas
que j'allais... que j'aurais un enfant...
…………
LOU : C'est la fin, Lee Anderson... c'est la fin de vos combinaisons
louches... vous allez payer à votre tour maintenant, mais pas de
la même façon... vous savez ce que ça rapporte à
un Nègre de faire un enfant à une Blanche ? vous vous en
doutez ?
…………
DEx : Assez de vaudeville, Lee... c'est fini, ce coup-là...
ce coup-là... c'est le gringalet qui gagne... j'en avais un peu
marre, tu sais, de passer toujours le dernier, mais alors après
un Nègre... c'était un peu exagéré...
« Le Goûter
des généraux »
Attention! Prenez garde! «Le Goûter des Généraux»
n'est pas un «quatre heure» de gamins jouant aux petits soldats,
c'est encore moins une matinée récréative syndicale
pour officiers supérieurs en préretraite! ............
C'est une sinistre partie de professionnels menteurs jouant discrètement
la vie des peuples aux dés de la guerre .............
Boris VIAN montre que le bras armé par les deniers du contribuable
est une épée de Damocles qui menace les peuples du monde
.............
Politiques et militaires s'entendent toujours sur le dos des braves gens,
pour le meilleur et de préférence le pire .............
En ce début de XXIe siècle, de l'Orient à l'Occident,
du Septentrion au Midi, les maquignons de la guerre ne cessent de goûter
entre ministres et militaires, dans les salons polygonaux ou ovoïdes
de la planète! ............
LA MERE : La mère d`AUDUBON n'est pas une vieille femme, décatie
et gâteuse, s'évertuant à conserver son autorité
maternelle sur un grand fils qu'elle voit s'éloigner de son giron.
Ce n'est pas une vieille image d'Epinal .............
AUDUBON : De toute façon il obéit aux ordres de la République
comme un vrai soldat de métier. Ses décorations sont les
récompenses pour service rendu dans la bureaucratie militaire .............
LÉON PLANTIN : Issu des classes roturières, comme le souligne
dédaigneusement Mme DE LA PETARDIERE, sa réussite est une
victoire sur les classes privilégiées de la bourgeoisie
. C'est un homme moderne qui a rajeuni les vieilles ficelles Avec son
expérience politique il ne craint rien ni personne. Il est sûr
de lui. Convaincre ceux qu'il considère en somme comme des marionnettes
est un jeu pour lui. Il aime le pouvoir et savoure ses victoires.
****
AUDUBON : Oh! Je déteste que les choses me résistent
comme ça! C'est humiliant !
MERE : Mais non, Audubon, cela n'a
rien d'humiliant, il s'agit d'un travail manuel. Vous êtes fait
pour penser, vous, pour réfléchir, et non pour user de vos
mains comme un croquant.
AUDUBON : Mais je suis général,
ma mère...
MERE : Vous devez être le cerveau du corps de
vos troupes.
…………
LÉON : Je tenais la rubrique financière au Monde. Bref, pour vous
résumer la situation, à l'heure actuelle, nous souffrons
d'une crise de surproduction. En temps ordinaire, quand la production
agricole augmente, on s'arrange pour que la production industrielle diminue;
à la suite de quoi, les prix agricoles baissent et les prix industriels
montent; à ce moment, on accorde une subvention aux agriculteurs
qui peuvent ainsi attendre et maintenir les prix, et on augmente les salaires
de l'industrie, de façon à leur permettre de profïter
de l'abondance ; la subvention accordée aux agriculteurs est utilisée
par eux à l'achat du matériel industriel; et les superbénéfices
réalisés conséquemment par les industriels nous reviennent
sous forme de cotisations sociales, de taxes à la production et
d'amendes diverses infligées par les brigades de contrôle
du ministère. Le circuit se ferme et tout le monde est content.
…………
AUDUBON : Pas difficile de se battre quand on n'est pas du métier!
On ne voit pas le danger! Mais en temps de guerre, avec ces effectifs
changeants, ce désordre et tout ça ! Oh, c'est une vraie
corvée, je vous jure.
LÉON : Mais le pays entier sera derrière vous !
…………
JUILLET: On pourrait en faire une courte ?
AUDUBON : Plantin serait furieux. Et puis une guerre courte... Il
va encore en réchapper un tas de blancs-becs qui nous passeront
sur le dos... Non, tant qu'à faire, il faut en faire une vraie.
Oh, vous savez, j'ai tout tenté pour le raisonner.
…………
JUILLET : Ca, nous pouvons compter sur les journalistes, ils nous
soutiennent toujours. Ils nous ont toujours réservé les
plus gros titres. Ca les arrange, d'ailleurs, ça leur fait moins
à écrire.
AUDUBON : Bien sûr, bien sûr, mais il faut dire aussi
que personne ne les lit; d'ailleurs, c'est tout des menteries; non, ce
que j'appelle la propagande, ce n'est pas les journaux, c'est de la publicité
payée. Il faudrait intéresser les gens à ça...
Il y a sûrement quelque chose à faire.
…………
AUDUBON : Il s'agit de guerre dans une certaine mesure... mais ça
n'a pas très grande importance; ce qui compte surtout, c'est ceci,
à quoi j'ai beaucoup pensé: voilà : ne croyez-vous
pas qu'il y aurait intérêt avant qu'il ne soit trop tard
à faire voter une loi internationale stipulant qu'en cas d'inculpation
de crimes de guerre, tout général accusé sera jugé
par ses pairs ?
…………
LÉON : ...les industriels et les agriculteurs, pris à la
gorge par une situation implacable, se voient dans l'obligation de recourir
à la guerre pour résorber une surproduction gênante.
J'ai donc donné mission au général Wilson de la Pétardière,
chef de mon GQG ici présent, de prendre toutes mesures utiles...
…………
CHING : Sans issue ? Vous me faites rire, très honorable Plantin.
Et l'Afrique ?
LÉON : Quoi l'Afrique ?
CHING : Déclarez donc la guerre au Maroc et à l'Algérie
! Vous êtes une nation assez glorieuse pour vous débrouiller
vous?mêmes ! Un territoire aussi considérable.
LÉON : Mais il a raison
AUDUBON : Il a raison!
LÉON : Mais c'est formidable !
…………
CHING : Et puis scientifiquement, puis-je faire très humblement
observer qu'au fond réparer un soldat sur le champ de bataille,
ça fait un mutilé, que l'on doit pensionner, qui revient
cher, et qui est désagréable à voir, donc qui constitue
une mauvaise propagande. Je trouve, comme l'a si habilement remarqué
mon digne ami Korkiloff, qu'il vaut mieux développer la médecine
civile; un civil réparé veut être soldat pour prouver
qu'il est sain. C'est excellent.
PLANTIN : Tout ça c'est du détail. L'essentiel est fixé.
Nous sommes d'accord ?
«Les Bâtisseurs
d'empire »
«Les Bâtisseurs d'Empire» est une des pièces
politiques, sinon la plus politique, du théâtre de Boris
VIAN. C'est le couronnement, la couronne mortifère de la quadrilogie
.............
De ce fait, «Les Bâtisseurs ....» est une réflexion
théâtrale universelle et intemporelle qui concerne tous les
pays, elle est jouée partout dans le monde car la coercition totalitariste
subie par la famille DUPONT peut avoir des origines aussi bien religieuses
que politiques, idéologiques qu'économiques, policières
que militaires .............
«Les Bâtisseurs ....» est une tragédie édifiante
de la fracture sociale, le miroir de la forfaiture d'une société
sans merci qui élimine ses exclus en les poussant graduellement
au suicide par d'habiles manipulations subliminales .............
La tragédie de l'innocente victime du deuxième acte, ZENOBIE,
nous accuse car nous constatons aujourd'hui que l'avenir de la jeunesse
est aussi tragique et incertain que le destin de ZENOBIE. Nous ressentons
comme un goût amer de génération perdue, sacrifiée
au profit de l'ambition sociale des adultes .............
Le dérisoire du discours parental qui se veut autodéculpabilisant
accule ZENOBIE jusqu'à la mort. Le discours trouve son modèle
dans la «langue de bois» des «meneurs d'hommes»
qui ne vous mènent nulle part ailleurs qu'en galère. Le
vertige du verbe devient la drogue de la société «en
manque» d'avenir. La rhétorique prime sur l'action et masque
la dépendance aux «dealers» de discours. Les enfants
ne sauraient y échapper! Les parents trinquent, les enfants payent!
Alentour, les barons de la glose se taillent des empires. Aujourd'hui,
comme hier ............
Cette géniale invention de Boris VIAN n'a pas fini d'intriguer
le spectateur qui voit apparaître sur scène une présence
qui logiquement devrait lui être invisible: la matérialisation
physique d'un concept défoulatoire, un fantasme transmuté
en hologramme en 3D, lequel aurait dépassé la virtualité
pour devenir un objet en dur d'apparence humaine, soit tout bonnement
un souffre douleur homologué ............
Dans la société des «Bâtisseurs» où
l'autoculpabilité endémique est habilement entretenue par
les instances dirigeantes, les concitoyens s'autorégularisent par
l'angoisse latente. Point n'est besoin d'envoyer la force publique pour
leur intimer l'ordre de libérer les lieux. Il suffit d'un signal
sonore, le «bruit» et tels le chien de Pavlov, les locataires
savent qu'ils doivent déguerpir par le haut au plus vite. D'autres
sont déjà à la porte pour les remplacer dans la place
.............
LÉON : Mi-chair, mi-poisson, ses idées sont humano-apolitiques
bien pensantes. C'est un pur produit de la société dont
il est victime. Sans travail, il végète dans la recherche
d'un emploi. Sa carrière a été stoppée pour
des raisons dont on ne parle pas en société, licenciement
économique, compression de personnel, incompétence aux techniques
nouvelles, qualification obsolète, sénescence précoce
.............
ZENOBIE : son prénom «super-chic» reflète le
souci des parents de se singulariser à bon compte. C'est une «ado»
en révolte contre les valeurs familiales «ringardes»,
contre « la société de merde». Mais à
son âge, dans sa tête, c'est un peu confus. Elle est influencée
par les idées qui circulent dans les «boum», dans la
rue, les «rave parties». Elle suit, en retrait, les courants
les plus spectaculaires. Elle a opté pour le romantisme désespéré
d'une génération sans avenir. «Rien à cirer»,
Futur? Un temps «nul» qu'elle ne conjugue pas. Cela sied à
sa santé fragile .............
CRUCHE, ne l'est pas pour autant. Ce n'est pas Bécassine comme
pourraient le croire ses patrons. Elle s'est affublée par dérision
d'un pseudonyme «gens de maison», ce qui, dans une certaine
mesure, protège sa vie privée de sa vie professionnelle,
en imposant par ironie des distances ancillaires entre elle et ses patrons.
C'est une provocation bien dans son caractère. Son vocabulaire
insolent montre qu'elle n'est pas dupe de la frime désespérée
de ses minables employeurs. Grande lucidité sur les événements.
Elle décide de vivre, elle restera libre dans ce monde impitoyable
.............
****
PERE : Un avertissement. Mais il ne faut pas confondre l'image, le signal,
le symbole, le repère et l'avertissement avec la chose elle-même.
Ce serait une grave erreur.
…………
ZENOBIE : Quelle éducation ? Celle que lui donnent ses parents
? Et qui jugera s'il a reçu une impartiale ? Ses parents partiaux
? Ou partiels ?
PERE : C'est insupportable. Veux-tu te taire, à la fin.
ZENOBIE : Je me tais.
…………
PERE : D'ailleurs, si ce n'était que de moi, il y a longtemps
que les fausses valeurs auraient disparu au profit de ces valeurs beaucoup
plus sûres que sont la morale, les idées en marche, l'avancement
des sciences physiques, l'éclairage des rues et la mise au pilon
des résidus pourris d'une démagogie toujours plus croulante,
à l'instar... heu... à l'instar des grands bâtisseurs
de jadis qui fondaient leurs travaux sur le sens du devoir et de la chose
commune...
…………
MERE : Les jeunes bourgeons verdoyants.
PERE : Non... verdoyants, c'est lourd. Je voudrais évoquer le vert
tendre des chatons de noisetier; ou la teinte claire qui tourne un peu
au tilleul et qui fonce délicatement à la base de cette
frêle efflorescence végétale pour virer au vert pistache;
cette nuance subtile qui vous met le cour en boule dans la gorge quand
on se promène au printemps dans un sentier plein de merde.
MERE : Oh! Léon.
…………
PERE: Comment? Il est vrai que les parents, autant qu'il est en leur
pouvoir de le faire, ont pour rôle de former leurs jeunes enfants
et de leur donner une éducation telle que le contact avec la vie
réelle qui les guette au sortir du nid familial se produise de
façon insensible et douce sans les blesser le moins du monde. Mais
est-il dans leur rôle de les distraire et la formation comporte-t-elle
la distraction ?
…………
CRUCHE: Alors ne me dites pas « on ». Dites « Je
me demande de quoi vous vous mêlez » ou « Cruche, c'est-y
vos oignons ? », ou « en quoi est-ce que ce problème
vous regarde ? », ou « quel intérêt cela peut-il
présenter pour vous ? » Mais soyez direct et ne procédez
pas par allusions. Est-ce que j'alluse, moi ?
…………
CRUCHE: J'ai un certain travail à vendre, je le vends. Au prix
où vous le payez, vous n'êtes pas volé. Et en dehors
de la vente, rien n'empêche de discuter avec l'acheteur, surtout
s'il n'y a pas fraude sur la marchandise.
…………
CRUCHE: Parce que je vends un travail très demandé
par les feignants, les paresseux, les bons à rien, les inutiles,
les oisifs, les éléments superféatoires de la société,
et que ces bêtes-là, ça abonde.
…………
MERE : Zénobie, représente-toi la situation actuelle.
Nous n'avons que très peu d'oranges et ton père est un homme
adulte, un homme fait; ton père n'est plus une promesse, c'est
un individu complet, achevé, qui a donné des preuves de...
heu... des preuves. D'un autre côté, toi, une jeune fille,
presque une enfant, tu es... disons un billet de loterie; on peut miser
sur toi, certes, mais il y a un aléa. Je suis persuadée
quant à moi, note-le, que tu arriveras à être quelqu'un
de très bien, mais je crois que pour l'instant, entre la fleur
et le fruit, il est sage de choisir le fruit.
ZENOBIE : C'est papa, le fruit?
MERE : C'est une comparaison, et ce n'est que cela, mon petit, mais elle
est significative, vois-tu. La fleur doit se sacrifier au fruit
ZENOBIE : Ah!
…………
PERE : Voilà... C'est sans danger.
ZENOBIE : Toi, le danger, tu ne l'as jamais vu ; comment peux-tu en
parler ?
…………
PERE : Calme-toi, ma bonne... Les enfants finissent toujours par quitter
leurs parents. C'est la vie.
…………
PERE : Mais dans retraite, il y a aussi retraite... fuite devant l'ennemi.
Est-ce une fuite que cette ascension ? Un homme digne de ce nom ne fuit
jamais. Fuir, c'est bon pour un robinet . …………
A la base de chacun de mes actes, il y a une raison raisonnante, une réserve
raisonnable, une intelligence active et quasi cybernétique, à
cela près qu'elle est régie par une loi plus élevée
que moi-même, le désintéressement …………Ah...
Ah... Ah... Le motif est pourtant simple. La raison d'être du militaire,
c'est la guerre. La raison d'être de la guerre, c'est l'ennemi.
Un ennemi habillé en militaire est deux fois un ennemi pour un
antimilitariste. Car un antimilitariste n'en a pas moins des sentiments
nationaux et cherche donc à nuire à l'ennemi de sa nation.
Or, quel meilleur moyen, si cet ennemi est habillé en militaire,
que de lui opposer un autre militaire ?………… La
vie est un scandale………… Ce n'est pas vrai... Je
suis seul... et j'ai toujours fait mon devoir... plus que mon devoir .
………… Je le jure ! Je contrôlerai mes appétits
! Pour mieux m'en rendre compte et mieux les assouvir . …………Je
ne savais pas... Pardon...
«Série blême
»
Cézigue a gambergé ferme pour nous bonir une vanne comac,
pas piquée des vers (tu l'as dit bouffi).
C'est les vannes d'un killer en série, James MONROE, frère
de Marylin, qui, de son état, usine du cigarre pour des bouquins
griffés pour palpitants de boniches. Pour usiner à l'aise,
il s'est dégoté un rad pépère sur les blanches
rondeurs d'un coinstrot perdu de l'Alpe française.
****
JAMES MONROE : Machin,
c'est le jourdé le moins toc de ma vie
Je satisfais enfin ma glandilleuse envie
De venir m'entifler dans ce coinstrot perdu
Pour y fuir tout un tas de pauvres lavedus
Oui, rien qu'à reluquer les blancs lolos de l'Alpe
Je suis près de guincher une java du scalpe.
Instigation
.................. Il est d'évidence qu'aujourd'hui,
le théâtre politique de VIAN reste sulfureux par son actualité,
voire dangereux, pour les bellicistes de l'establishment et pour l'ordre
public de leurs béni-oui-oui ! ........................
Œuvres
à chanter, œuvres de toutes les couleurs, roses,
rouges, vertes, blanches, grises et noires et même une jaune
avec des raies bleues, œuvres sur tous les tons ...
par Nicole Bertolt
Boris VIAN aimait la musique sous toutes ses formes. Bien sûr,
le jazz a « énergisé » sa vie et fait palpiter
son cœur plus d'une fois. Mais, Directeur artistique chez Philips, Vian
connaissait également sur le bouts des doigts l'univers des Variétés
et savait inventer toutes sortes de paroles pour chanteurs et chanteuses
en quête de talent vianesque.
Toujours prêt à donner du fa et du mi, le stylo à
la main et l'esprit en alerte, il écrivait aussi pour lui et alors
ça devenait du super-Vian. Qui a mieux interprété
sur scène : «La java des bombes atomiques »,
« La complainte du progrès », « J'suis snob »,
« Je bois » ou encore « Cinématographe
», « On est pas là pour se faire engueuler »
?
« Le déserteur » est né
d'une envie de s'inspirer d'une complainte. Une plainte, pourrait-on dire,
déposée contre la guerre qui le faisait vomir, une plainte
contre les « cons » qui le faisaient frémir, une plainte
pour dire à quel point la guerre fait souffrir outrageusement une
partie du monde pour qu'une autre partie en profite abusivement.
La guerre m'a pris dans ses bras rouges
Et m'a bercé
La guerre m'a vu de ses yeux rouges
Et m'a parlé
Elle m'a dit veux-tu t'étendre
Auprès de moi
Sur mon grand lit, mon lit de cendres
Mon lit bien froid.
Le jazz
De l'âge de 17 ans jusqu'à sa mort, sans jamais faillir
à sa passion, il a tout su, tout vu et tout entendu ou presque
de cette musique. Cette passion jamais décevante était pour
lui un ami de cœur indéfectible, ressemblant à ses révoltes.
Inventant un style en tant que critique de jazz, se permettant un ton
cordial et pourtant incisif, il osait tout dans ses revues de presse du
fameux Jazz Hot et autres revues.
Autour de minuit dans les rues de paris
Dansent mes soucis luisants sous la pluie
Et des arcs-en-ciel réduits
S'accroch'nt aux becs de gaz qui tremblent
Autour de minuit quand j'ai trop bu de whisky
Je marche et j'oublie ma vie et la pluie
Et mon ombre noire me suit
Dans les couloirs de la nuit...
Le
rock and roll
Cette musique fonctionne très bien sur la jeunesse américaine
empêtrée des tabous sexuels qui existent moins en Europe,
pense Boris Vian. Pour lui, cette « nouvelle » musique a deux
visages : la sensualité et le comique. C'est surtout ce deuxième
aspect qu'il retiendra.
Et qui pouvait mieux qu'Henry Cording (Henri Salvador)
et Big Mac (Michel Legrand) s'organiser en tandem afin
de servir au mieux les compositions les plus loufoques de Boris Vian avec:
«Rock Hoquet », «Rock and roll mops »,
« Rock de monsieur Feller »...
Potage : Rock en bol
Poisson : Rockillages
Dessert : Rockignoles
Rockfort comm'fromage
Mais si vous aimez mieux
Voilà des rock-monsieur...
Variétés
joyeuses
et
Variétés tristes
Elles sont par centaines, elles sont inspirées ou pas, elles ont
la couleur des yeux de ses interprètes, elles ont des versions
masculines et féminines, elles suivent la mode du moment, elle
ont des tempo et des mélodies des plus diverses : java, tango,
valse, be-bop, ballade ou blues, des compositeurs de musique aux grands
talents comme Alain Goraguer « Complainte du Progrès
», Jimmy Walter «Les joyeux bouchers »,
Henri Salvador « Blouse du dentiste », Jack
Diéval ou Claude Bolling ; elles sont
espiègles, émouvantes, amoureuses ou entraînantes.
Natacha ne se sent pas très bien
Natacha a perdu son chien-chien-chien
Un dimanche qu'elle se promenait
Au milieu des grands bois de Rambouillet...
C'était une pauv'gosse des rues
Qui traînait dans le ruisseau
Personne ne l'avait jamais vue
Autrement qu'les pieds nus dans l'eau...
Les
îles
Comme s'il voulait échapper à la réalité
qui se faisait de plus en plus oppressante, la réalité d'un
homme parfois brisé de fatigue, il s'évadait et regardait
à travers les fenêtres de son bureau et rêvait, avec
ses amis et complices Gérard La Viny et Henri
Salvador à d'autres cieux, à d'autres jours...
Il créa, avec ces comparses, des dizaines de chansons teintées
de la douce musique des îles sur un ton badin et disant, pourtant,
plus d'une vérité.
Oh ! si y avait pas ton père
Oh ! si y avait pas ton père, on s'rait heureux
Prenez-moi dans vos bras
Emmenez-moi danser et rire
Emmenez-moi, mon cœur chavire
Oh ! J'aimerais tellement ça...
Les
traductions.
Boris Vian a plus d'un tour dans son sac, et cela commence à se
savoir c'est encore à lui qu'on fait appel quand il s'agit de traduire
Bertolt Brecht pour le faire swinguer en français ou encore faire
les adaptations des chansons du film « Gigi ». Il passe de
l'un à l'autre en excellant et en rêvant d'un jour où
il pourra être au repos et se remettre à écrire, pour
lui, rien que pour lui.
*
Ce temps est venu, depuis quarante années, il chante dans nos
cœurs et notre esprit, nos raisons et nos joies. On ne sait pas toujours
qu'il est derrière un mot, une phrase et pourtant il est là
avec sa trompinette et ses yeux clairs.
Le regard d'un homme qui a tant aimé la musique, la vie.
On ne saurait que trop recommander à nos
lecteurs de ne jamais lire le contenu du volume 11 mais de le chanter,
de le fredonner, de le déclamer, de le brailler,
sur des airs de son choix (dixit En avant la zizique, tome 12).
Nicole BERTOLT
*
Tout d'un coup
ma physionomie se transforma
et
je me mis à ressembler
à
Boris VIAN,
d'où mon nom.