Des journalistes, des membres d'associations et d'ONG, relais du régime dictatorial de Kigali, n'ont pas supporté cette nouvelle approche qui met en cause le FPR sous les ordres de Kagame. Ils se livrent depuis la publication du livre à une sorte de jeu de massacre contre son auteur : mauvaise foi, déformations, citations détournées, accusations gravissimes et diffamatoires. Utilisant des méthodes éprouvées, ils ne livrent pas bataille sur les faits exposés, mais cherchent à faire avancer dans les médias leur entreprise de disqualification et de décrédibilisation de l'auteur par l'utilisation de ces " mots qui tuent " : " révisionniste ", " raciste ",voire " négationniste ", etc.
Après un Rebonds publié dans Libération le 11 septembre dernier, soulignant que le souhait de Bernard Kouchner de dialoguer avec Paul Kagame - accusé par le juge Bruguière d'être le commanditaire de l'attentat du 6 avril 1994 avec pour objectif " l'obtention de la victoire totale, et ce, au prix du massacre des Tutsis dits de l'intérieur " - était une première dans l'histoire diplomatique française, une nouvelle avalanche de " mots qui tuent " est tombée derechef sur Péan. Ils ont d'abord lancés par José Kagabo, présenté aux lecteurs de Libération comme un simple universitaire alors qu'il est, depuis le début des années 1990, un des principaux relais du FPR en France, et l'un des six membres de la Commission d'enquête rwandaise chargée de dégager le rôle qu'a joué l'État français dans la préparation et l'exécution du génocide rwandais de 1994 : le simple intitulé de cette commission montre l'état d'esprit dans lequel ses membres ont conçu et entamé leur " enquête ".
Quelques jours après la charge kigalienne portée par José Kagabo, Charlie Hebdo se livrait à son tour contre Péan à un assaut diffamatoire culminant dans l'accusation suivante : usant " d'une phraséologie raciste identique à celle qui a alimenté les appels aux massacres de la radio Mille collines, il tente de discréditer les témoins gênants que sont les rescapés tutsis en expliquant qu'ils appartiennent à " l'une des races les plus menteuses sous le soleil " ". Or à aucun moment Péan n'utilise dans son livre une phraséologie raciste. Soit l'auteure de l'article de Charlie Hebdo ne l'a pas lu, soit elle a sciemment déformé, à l'appui de sa thèse, son premier chapitre, construit avec l'aide d'Antoine Nyetera, historien tutsi, descendant du mwami Kigeri III, auteur d'un rapport rédigé pour le TPIR et intitulé Le mythe tutsi et son influence sur la culture du mensonge et de la violence au Rwanda. Avant d'aider Péan à élaborer ce chapitre, Antoine Nyetera avait été agréé pour témoigner devant le TPIR, étant considéré comme un observateur impartial des évènements,mieux placé qu'aucun autre témoin pour clarifier certains problèmes qu'un expert étranger ne peut appréhender. Nyetera n'a jamais été accusé par le TPIR d'un quelconque racisme. Après sa prestation de février 2002, il a d'ailleurs été convoqué à nouveau par deux fois à Arusha en 2006. Il a abondamment parlé de la " culture du mensonge " chez les Rwandais sans soulever de réactions hystériques. Péan a largement repris dans son livre le rapport de Nyetera qui cite un certain nombre de textes datés, donc " coloniaux ", notamment celui de Paul Dresse, ancien agent territorial qui, dans un document rédigé dans l'entre-deux-guerres, clôt un paragraphe en évoquant " cette race, l'une des plus menteuses qui soit sous le soleil ". En rapportant et en situant cette phrase, Péan se comporte en historien soucieux de n'occulter aucun matériau.
Charlie Hebdo reprend à son compte les attaques lancées de Kigali, relayées en France par l'association Ibuka, portées elles-mêmes par SOS Racisme qui a déposé plainte contre Péan et son éditeur. José Kagabo, dans Libération, comme Sylvie Coma, dans Charlie Hebdo, passent par profits et pertes l'instruction du juge Bruguière et considèrent donc comme illégitimes les neuf mandats d'arrêt délivrés par le juge français contre l'entourage immédiat de Paul Kagame.
Le chemin de la vérité sur le drame rwandais reste plus que jamais semé d'obstacles. Malheur à ceux qui tentent de contribuer à le dégager !
Profitons de l'ouverture de ce blog pour y inaugurer une rubrique qui promet d'être riche et qui pourrait s'intituler « Références », palliant la disparition des notes infrapaginales ou des parenthèses rendant à Arthème, entre autres, ce qui lui appartient, ou créant tout simplement un « lien » entre un article et un livre.
Tenez, Kathia Clarens interviewe au Liban, pour Le Figaro Magazine du 22 septembre, le général Aoun ; le lecteur aurait pu trouver intérêt à ce qu'on lui signale le livre du général publié sous le titre Une certaine vision du Liban, avec la collaboration de Frédéric Domont.
Dans le quotidien du même jour, un supplément spécial est consacré à Émile Littré dont le journal va vendre une édition nouvelle en kiosque. Sébastien Lapaque brosse à cette occasion avec talent une Histoire des dictionnaires. Puisqu'il l'a semble-t-il consulté avec profit, pourquoi n'a-t-il pas mentionné, d'Alain Rey, Miroirs du monde qui vient tout juste de paraître, et par la même occasion son Antoine Furetière, paru en septembre 2006 ?
Précisons qu'Arthème publiera le mois prochain un ouvrage d'Héloïse Neefs, intitulé Le Dictionnaire des mots disparus, recensant avec leur définition les mots passés à la trappe depuis la première édition du Dictionnaire, avec en guise d'ouverture un savoureux texte du même Alain Rey, Les mots, des immortels ?
Puisque nous en sommes aux références, n'hésitons pas à dénoncer la manie ô combien frustrante qui consiste à renvoyer presque toujours à une édition de reproduction (bien souvent en format de poche) de préférence à celle pour laquelle l'éditeur originel a pris tous les risques. Ce fut particulièrement frappant il y a peu, lors du décès du grand historien de l'holocauste, Raul Hilberg. Neuf sur dix des hommages à lui rendus ont cité l'édition Folio de son monumental ouvrage La Destruction des Juifs en Europe, alors que la première édition, publiée en mai 1988, l'a été ici même. C'est en assistant à une projection privée des neuf heures du film de Claude Lanzmann, Shoah, que Claude Durand eut connaissance des travaux de Hilberg. Sans reculer devant l'importance du volume et le coût de la traduction, il en acquit aussitôt les droits français auprès de l'éditeur américain Holmes & Meier, et confia le suivi de l'édition à Éric Vigne, un de ses collaborateurs immédiats à l'époque. Son éditeur américain ayant périclité, Hilberg confia à Yale le soin de publier une édition augmentée de son œuvre. Entre temps, Éric Vigne, ayant quitté Fayard pour Gallimard, obtint que son ancienne maison cède à la nouvelle les droits de poche du livre qui, étant donné sa pagination, donna matière à trois volumes de Folio contenant les mises à jour apportées par l'auteur.
Faudra-t-il entrer dans d'aussi longues explications, publier un communiqué aussi circonstancié chaque fois qu'un éditeur de livres de poche ou de club se verra attribuer le mérite de la découverte et de la publication risquée d'une œuvre originale ?